Romuald Yernaux, coach de Charleville : « J’alerte depuis longtemps sur le raz de marée que les clubs français vont subir »
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« C’est une décision brutale pour le groupe et sur laquelle nous sommes impuissants. J’alerte depuis longtemps sur le raz de marée que les clubs français vont subir et nous en voyons les premiers effets, » déplore le coach Romuald Yernaux sur le site du club. « Nous prenons cette décision avec beaucoup d’amertume car c’est une joueuse qui est arrivée en retard et sur laquelle nous avons été patients. Même si au départ, tout n’a pas été simple pour elle, je lui ai fait confiance en l’intégrant dans le starting five. Nous lui avons donné beaucoup de choses et d’opportunités et au final lorsque nous arrivons sur les échéances les plus importantes, la joueuse s’en va pour des intérêts qui lui sont propres à elle et à son agent ».
La défection tombe au moment où Charleville va jouer les playoffs et la finale de la Coupe de France, sachant que Esmery Martinez produisait 8,2 points, 6,9 rebonds et 12,2 d’évaluation. Romuald Yernaux met en relief les difficultés de La Boulangère Wonderligue à se situer dans le contexte international :
« Nous sommes frappés par deux choses. Le départ des joueuses françaises vers l’étrangers et aussi vers la WNBA. Une réponse à un championnat domestique qui ne répond plus forcément aux attentes des joueuses professionnelles. Nous avons en même temps, des difficultés à attirer des joueuses étrangères pour des raisons diverses et variées. Notamment le taux d’imposition qui constitue un réel frein et la durée trop longue du championnat qui se chevauche avec la WNBA. Une joueuse française ou étrangère qui voudrait vivre l’expérience d’un double projet se retrouve confrontée à des choix contraignants comme c’est le cas pour Esmery Martinez. Au final, il est difficile d’incriminer la joueuse qui n’est qu’une boule de flipper entre un club, une franchise WNBA et ses agents. Si les calendriers du championnat de France étaient mieux harmonisés, les joueuses pourraient vivre leur saison sans se poser de questions et transiter ensuite vers la WNBA si cela fait partie de leurs objectifs. Il y a urgence et je pense qu’il va être nécessaire qu’une table ronde soit organisée. Nous avons de vrais atouts, que ce soit dans les clubs ou dans la Ligue. Nous ne pouvons pas tout changer mais il y a nécessité à ce que les dirigeants se réunissent pour évoquer l’avenir et les stratégies qui pourraient en découler. L’exercice qui est face à nous est un exercice, à la fois de lucidité et de prise de conscience. Avec toutes les qualités que nous avons en France, il faut trouver comment nous pouvons réussir, tous ensemble (Fédération, clubs, ligue) à réinventer le modèle sportif et économique de notre championnat afin de le rendre plus attractif pour les joueuses. Nous avons tout pour être la parfaite antichambre de la WNBA. Nous avons un championnat qui peut être utile pour le développement d’une certaine catégorie de joueuses qui pourraient aller en WNBA par la suite. Aujourd’hui les sportives sont clairement attirées par le championnat américain qui est en plein explosion. L’exode va continuer et si nous ne comptons que sur le retour des joueuses françaises de l’étrangers, cela ne va pas dynamiser notre championnat et encore moins le développer. Nous allons laisser nos compétences partir à l’étrangers jusqu’au jour où cela touchera l’équipe nationale. Je pense que nous aurons des joueuses qui prioriseront la WNBA pendant tout l’été au détriment de l’équipe de France. Tout le monde est touché et concerné, à court ou moyen terme et aujourd’hui il faut prendre le bon wagon au risque de se mettre en difficulté. Nous avons toujours été le meilleur championnat d’Europe et nous avons tout pour le rester mais il ne faut pas se reposer trop longtemps sur les acquis. Il faut vraiment que nous travaillions tous ensemble pour essayer, non pas de stopper, mais avoir une réflexion qui soit constructive et stratégique pour pouvoir s’associer à la WNBA plutôt que de s’y opposer, notamment par le caractère trop long de notre calendrier ».